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Quelles perspectives de rendement pour les fonds en euros ? La question se pose à la fois pour 2018 et à moyen terme

Achevé de rédiger le 22/11/2018

Le fonds en euros des contrats d’assurance-vie est un placement très spécifique dans l’univers financier en France pour un ensemble de raisons :

L’épargnant bénéficie d’une garantie (de plus en plus souvent brute de frais de gestion) au jour le jour de son épargne, avec en outre un « effet cliquet » concernant la participation aux bénéfices versée annuellement (voire ponctuellement et de manière limitée en cas de sortie).

L’assureur-vie bénéficie de son côté d’une grande marge de manœuvre pour décider du taux qui sera alloué à telle ou telle catégorie de contrats :

Il peut « jouer » comme il le souhaite avec la provision pour participation aux bénéfices (PPB) en la dotant ou en la reprenant (sous réserve de respecter la règle finalement peu contraignante des 8 ans).

Il peut décider en fin d’année de réaliser (ou non) des plus (ou des moins) values latentes (sur actions ou sur l’immobilier) afin de doper (ou d’abaisser) le rendement financier de son actif général.

Sous réserve de dispositions spécifiques prévues aux conditions générales (ou particulières) des contrats, l’assureur-vie peut répartir comme il le souhaite la PB attribuée aux épargnants pour l’exercice passé. C’est d’ailleurs ce qui a permis l’apparition de nombreux schémas « de bonus » sur le marché.

L’investissement usuel des fonds en euros, composé en moyenne à 81 % d’obligations (pour les fonds en euros classiques) fait que les taux servis aujourd’hui sont le résultat des investissements réalisés au cours des 5 à 10 dernières années passées. Dans un contexte de baisse des taux, l’épargnant bénéficie ainsi de taux servis « généreux » au regard de la situation réelle des taux pour l’année en cours. Il y a toutefois un effet « pervers » derrière lorsque les taux dans lesquels l’épargne collectée sont anormalement bas. L’assureur se retrouve à collecter en raison de la qualité des taux servis, mais en diluant dangereusement le rendement de son actif.

Pour l’exercice 2018 et au regard de la situation des taux en France (et en zone euro), des perspectives économiques pour les prochaines années et de l’arrivée de plusieurs gouvernements populistes en zone Euro, nous posons les hypothèses suivantes :

La remontée des taux souverains en France n’étant pas là et risquant finalement à la fois d’être limitée en montant et de ne se réaliser que de manière très progressive, le secteur devrait faire preuve d’une certaine modération. Une baisse de l’ordre de 0,20 % du taux moyen servi nous semble désormais probable.

Par rapport au taux moyen de la FFA (qui englobe tous les types de contrats et de fonds en euros), nous passerions donc de 1,80 % en 2017 à 1,60 % en 2018.

Par rapport aux taux moyen sur les fonds en euros classiques des contrats patrimoniaux évalué par Good Value for Money à 1,88 % en 2017, nous passerions à 1,68 % en 2018.

Concernant maintenant les fonds en euros classiques des contrats d’épargne standards (ce qui concerne très majoritairement des bancassureurs), nous descendrions de 1,52 % à 2017 à 1,32 % en moyenne en 2018.

Une baisse significative des taux servis sur les meilleurs contrats nous semble hautement probable pour éviter leur dilution. Cela n’empêchera pas les équipes marketing / communication de certaines compagnies de faire preuve d’une grande habileté pour afficher des taux séduisants sur des fonds où les capacités réelles d’investissement des épargnants sont en fait hyper-encadrées ou contraintes.

Le rendement financier brut moyen des fonds en euros devrait passer sous la barre des 3,00 % en 2018. La dilution des rendements inhérente au niveau historiquement bas des taux va progressivement se faire sentir bien davantage, même si la plupart des compagnies s’arrangent pour être en collecte nette négative (ce qui les conduit toutefois à devoir réemployer les obligations anciennes et performantes arrivant à échéance).

Concernant les prochaines années, les lignes directrices suivantes semblent se dégager :

Le rendement des fonds en euros net de prélèvements sociaux et net d’inflation devrait rentrer en territoire négatif en 2018. Cette situation a toutes les chances de se poursuivre au cours des prochaines années. Ce ne sera pas la première fois dans l’histoire que les Etats se désenterreront au détriment des épargnants. Un schéma de poursuite de la baisse lente du rendement des fonds en euros avec un « atterrissage » durable sur un niveau moyen de l’ordre de 1,20 à 1,30 % n’est pas à exclure.

En dépit des mesures (parfois hyper-coercitives) prises par certains opérateurs, le Français apprécie le fonds en euros et en comprend le fonctionnement. Dans ce schéma, il nous semble illusoire de rêver d’une montée durable du taux d’UC dans la collecte brute au-delà de 30 %. La belle dynamique de hausse du taux d’UC au cours de ces dernières années est largement due à la hausse des marchés financiers, les Français ayant une fâcheuse tendance à investir à contre-cycle. Le cycle (historiquement long) de hausse des marchés depuis 2008 a touché à sa fin.

La situation de chaque compagnie vis-à-vis de son (ou ses) fond(s) en euros est spécifique. Certaines compagnies ont constitué leurs encours il y a 20 ou 40 ans avec des épargnants désormais âgés. Ces compagnies bénéficient d’un « effet cimetière » qui leur donne une grande marge de manœuvre. A l’inverse, des compagnies dont les encours sont plus récents n’ont qu’une marge de manœuvre très limitée : peu de sorties naturelles, des investissements encadrés par Solvency II, moins de plus-values latentes (actions et immobilier) en réserve.

Au regard de ces perspectives, notre vision est que le secteur de l’assurance-vie (compagnies et distributeurs confondus) a tout intérêt à inventer (indépendamment de toute évolution réglementaire) de nouveaux schémas d’investissement au sein de l’assurance-vie permettant à la fois :

de préserver ce placement bien connu et apprécié des Français,

de permettre aux Français de bénéficier d’une forme de placement sécurisé, mais avec des perspectives de placement nettes d’inflation positives,

de ne pas s’exposer inutilement à l’actif avec des obligations dont les taux seraient dangereusement bas (avec un risque d’explosion en cas de brusque remontée de taux liée, par exemple, à des tensions politiques au sein de la zone euro).

Il y a matière à innovation pour le secteur. Le champ de contraintes actuel constitue une réelle opportunité. Le secteur a toute capacité à avancer, sans avoir besoin d’attendre des décisions prises des gouvernements bien trop souvent en décalage avec le monde réel.

Cyrille Chartier-Kastler

Fondateur de Good Value for Money

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